Daniel BOULOGNE |
RAID BORDEAUX SHANGHAI
HISTOIRE D'UNE AVENTURE & SON CARNET DE VOYAGE |
CUVEE 2004 |
Avant-propos.
Quand je recherche d'où me vient le goût du voyage, je pense aussitôt à Henri Millet, mon professeur d'Histoire géographie du collège Saussure, dans le XVIIième arrondissement. Monsieur Millet avait beaucoup voyagé, en Afrique noire surtout, et je garde le souvenir ému des livres reliés de toile de jute, au papier épais, un peu jaune, illustrés de ses croquis, dans lesquels il avait raconté ses découvertes. Ma mère a retrouvé récemment un carnet que j'avais soigneusement tenu vers mes 18 ans, à l'époque où j'étais moniteur de voile au Touring Club de France, et dans lequel j'avais noté scrupuleusement mes plans de préparation d'un grand voyage en voilier autour de l'Afrique. Chaque étape était sérieusement étudiée, port après port, j'avais même envisagé des remontées de grands fleuves pour pénétrer l'Afrique profonde... Ce voyage était resté sur le papier, oublié au fond d'un carton, mais l'appel de l'ailleurs était bien là, l'envie de mettre mes pas là où personne n'avait marché, tout comme quand, enfant, j'adorais courir dans la neige fraîche, immaculée. De cette époque de l'enfance date aussi mon
premier grand rêve, le passage mythique du Cap Horn au milieu
des tempêtes et des courants contraires. Ce rêve là sera
enfin réalisé au tournant du millénaire, le 11
décembre 1999, jour de la saint Daniel, à bord du Pen-duick
IV du maître Tabarly.
Tombé tout jeune dans la peinture en bâtiment, à une époque où il était encore normal d'adopter le métier de son père, j'ai monté quelques 18 sociétés en 14 ans, peint des milliers de mètres carrés de murs, connu tous les succès et les emmerdements qui vont souvent avec... et ma soif de voyage ne s'était pas vraiment étanchée avec mon séjour aux Antilles, sous les drapeaux, ou avec les multiples voyages semi-professionnels qui avaient émaillé ma carrière industrielle. Je me rendais subitement compte que la peinture n'était peut-être pas ma véritable trajectoire. Le bon marin sait toujours redresser la barre et,
pour rattraper le temps perdu, j'ai tout de suite vu grand : Départ
de Nantes vers Santiago du Chili, en voilier, par le Horn, en emmenant
toute ma petite famille. Loin de rassasier mon goût de l'ailleurs, loin d'épuiser mes rêves, ce voyage au long cours m'avait mis trop d'air frais dans les poumons et, dès le retour en France, l'idée de préparer un long raid, terrestre cette fois, s'est imposée naturellement. Dans un premier temps, et plus modestement, j'allais
faire mes gammes: je décidais de partir enfin avec mes enfants,
au Maroc cette fois, et c'est dans ce but que j'ai acheté ce
fameux 4x4... De retour du Maroc, c'était décidé,
j'allais organiser une grande croisière terrestre. Et celle
là n'allait pas rester dans un carton, comme le tour d'Afrique
de mes dix-huit ans.
Bordeaux, le 14 mai 2004, les douze voitures du raid, dix participants et deux voitures pour l'accompagnement, recouvertes des autocollants posés la veille au soir prennent la pose pour la photo traditionnelle. Puis, escortées de l'énorme camion Tatra, elles quittent lentement la Place du Stadium sous un soleil plein de promesses. C'est parti pour 1400 kilomètres, Shangaï nous attend... La joie de vivre ce moment tant attendu me fait vite
oublier la petite déconvenue du départ : l'absence du
maire de Bordeaux, malgré sa promesse, remplacé au pied
levé par son adjoint aux sports, curieux pour une expédition
qui se veut avant tout culturelle! Absence aussi du petit coup de canon
promis aussi, comme un départ de régate. Je prendrais pour un menteur tout propriétaire
d'un 4x4, ou même quiconque s'est assis ne serait ce qu'une fois
derrière le volant d'un 4x4, et qui pourrait m'affirmer qu'il
n'a jamais rêvé de pistes se perdant à l'infini
et de paysages vierges et inaccessibles. C'est donc au retour de mon passage du cap Horn, le
virus du voyage s'étant bien réveillé, que j'ai
acheté d'occasion une Toyota HJD 80, à peine rodée,
en prévision d'une petite virée dans le sud marocain
avec ma famille. Je profite là des conseils de François
Willemin, dont la maîtrise me fait forte impression. Cette rencontre
sera sans doute décisive dans l'accouchement de l'idée
encore diffuse qui m'accompagne depuis le retour du Horn : l'organisation
d'une grande croisière sur terre. Au retour du Maroc, après quelques milliers
de kilomètres pour apprivoiser mon nouveau jouet, ce qui n'était
qu'un simple rêve se transforme en projet: effectivement, on
ne s'asseoit pas derrière le volant d'un 4x4 pour se perdre
dans les embouteillages parisiens. Quitte à passer pour un obsédé des
casseroles, un mono-maniaque des fourneaux, je ne peux concevoir l'élaboration
de ce projet que comme une préparation culinaire, comme la conception
d'un repas complet. Tout gastronome vous le confirmera, cette période
de préparation est au moins aussi existante, et même souvent
plus jouissive que la dégustation. A mon retour du Maroc, en septembre 2002, on est encore
loin de passer à table. Encore marqué par le passage du Horn, j'allais concevoir le raid comme une croisière, une croisière terrestre, certes, mais une croisière quand même. Je pense navigation, équipage, caps à suivre, je pense météo, force du vent... Je pousserais même plus tard la comparaison jusqu'à planter le drapeau du Yacht club de France au point le plus continental du globe, le point le plus éloigné de toute côte, dans les montagnes de l'Altaï... je suis déjà parti dans ma tête. Pour le départ, pas trop d'hésitation,
on partira de la maison, de France. Pour l'arrivée, la Chine
s'impose rapidement. Toujours dans mon idée de croisière
terrestre, la référence à la plus célèbre
de ces croisières, la Croisière Jaune, le Paris/Pékin
des années 20, est inévitable. Noblesse oblige, il fallait enfin que je me démarque
des pionniers de la Croisière Jaune, il me fallait bien offrir
un petit bonus: un poil plus à l'Est, un poil plus à l'ouest,
et, pour en rester sur le thème de la croisière, relier
une côte à l'autre, l'Atlantique au Pacifique, Bordeaux à Shanghai. Dans la foulée, je trace, crayon à la
main, un premier itinéraire possible en évitant les régions
les plus risquées, soumises à des conflits larvés
ou à la pression du terrorisme, en recherchant les zones les
plus exotiques les plus évocatrices... le raid prend déjà forme,
les grandes étapes se dessinent: Europe, Russie, Mongolie, Chine...
apéritif, entrée, plat de résistance, dessert. Je calcule rapidement le nombre de kilomètres, en déduit un nombre de jours de route: un voyage ni trop long, ni trop court, quarante jours, la moitié du tour du monde imaginé par Jules Verne. Le point de départ est fixé, l'arrivée aussi, une route qui, je peux l'avouer aujourd'hui, allait me permettre de répondre enfin à une de mes grandes interrogations de gastronome: comprendre enfin pourquoi les canards, ces grands migrateurs, terminent confits à Bordeaux et laqués à Shanghai... la raison même du raid était trouvée. Ce premier soir, l'essentiel était fait, je m'endors même en décidant de la date de départ, un 14 mai, parce que c'est le printemps, ni trop chaud, ni trop froid, parce que c'est le jour de mon anniversaire, et parce que le 14 est mon chiffre fétiche ! Pourquoi faire compliqué? Dès le lendemain, mon premier coup de téléphone est pour François Willemin, mon moniteur Toyota, un véritable professionnel pour ce genre d'expédition. Je constate avec plaisir que son audition s'est améliorée, il m'écoute avec plus d'attention et, comme il se trouve libre pour quelques mois, il n'hésite pas longtemps avant de me donner son accord. Nous nous mettons rapidement au travail. Dans un premier temps, en lui donnant le point de départ et d'arrivée, je lui demande de tracer son propre itinéraire, je compare avec le mien, on enlève quelques kilomètres ici, on en rajoute ailleurs, on modifie le trajet en fonction des impératifs culturels du voyage. Bref, pendant quelques mois, nous allons ensemble peaufiner le menu, faire le marché, échanger nos recettes. Dès le premier soir, j'avais tout de suite divisé la route en quatre grands tronçons évidents: l'Europe, la Russie, la Mongolie et la Chine. Pour chacune de ces étapes, je devais trouver les équipes les plus performantes pour m'aider à l'élaboration de ma feuille de route. Pour l'Europe, pas de problème particulier: repérage des hôtels, vérification des temps de conduite, penser à une suite de temps culturels et de détente bien rythmée... un travail relativement simple mais différent de celui d'une simple agence de voyage car je n'oublie pas qu'il s'agira là des premiers jours du raid et que tout doit se passer dans les meilleures conditions possibles, sans fatigue excessive, pour mettre les participants dans le bain tranquillement et apprendre à mieux les connaître dans les conditions du voyage. Pour la Russie, ça devient un peu plus délicat.
Les habitudes et les règles du jeu changent. Le pays et vaste,
la chute du communisme a libéré des élans pas
toujours bien contrôlés et des conseils bien avisés
nous ont recommandé de nous faire seconder par une équipe
locale, pour des raisons de sécurité ou tout simplement
pour résoudre des lourdeurs bureaucratiques encore bien vivaces
malgré la démocratisation du pays. Pour la Mongolie, le plat de résistance, je sais que le raid va devenir plus sportif. La route se fait piste, la piste simple trace dans le désert, pas de villes étapes avec l'infrastructure hôtelière nécessaire pour accueillir notre caravane... une simple recherche sur Internet nous met en contact avec une agence de voyage mongole toute récente et qui comprend trés vite l'opportunité que représente l'organisation de notre voyage pour ses activités futures. M.Byamba, ancien agent IBM, responsable de l'agence, a pas mal roulé sa bosse avant de rejoindre son pays pour en développer ses ressources touristiques, mais le périple que je lui propose est tout nouveau pour lui. Il ne va pas hésiter à faire sa propre reconnaissance, en voiture, pendant un mois, de la frontière russe à la frontière chinoise, avant de nous soumettre un itinéraire traversant les plus beaux paysages, prévoyant des étapes sous la tente, organisant des festivités locales et nous remettre finalement un premier road book dont les étapes sont repérées en longitude et en latitude, toute autre forme de repérage, en l'absence de poteaux indicateurs, étant un peu aléatoire. Pour la partie chinoise, le dessert, je vais encore
bénéficier d'un petit coup de pouce de ma bonne étoile.
Après avoir tâtonné sans grand résultat à la
recherche d'une agence de voyage apte à nous conseiller dans
la dernière partie de notre périple, je suis invité par
un ami à la soirée d'inauguration de l'année de
la Chine en France. J'ai la chance d'être présenté au
ministre de la culture chinois qui, après avoir pris connaissance
de la plaquette de présentation du projet, me donne aussitôt
le sésame, c'est à dire les coordonnées de Philippe
Xiao, responsable des échanges touristiques entre la France
et son pays, aussi bien pour organiser le voyage des hommes d'affaires
chinois en France que pour favoriser le séjour des Français
en Chine. Ma dernière préoccupation est d'assurer
le rapatriement de notre petite troupe car il n'était évidemment
pas envisagé de leur proposer de faire le chemin en sens inverse. Toutes ces démarches auront pris quelques mois, quelques centaines d'appels téléphoniques, d'échanges de mails, de fax... mais tout se met en place. La cuisine commence à sentir bon, il est temps de plonger notre grande cuillère dans les différents plats pour les goûter, il est temps de partir en reconnaissance. Il n'est effectivement pas question de partir avec mes clients la fleur au fusil, avec un simple plan sur le papier, aussi élaboré soit-il. Je dois moi-même reconnaître le terrain, kilomètre par kilomètre, vérifier chaque route, chaque étape, chaque carrefour, ramener des photos, et même vérifier les heures d'ouverture des musées pour éviter toute surprise. 7 avril 2003, je pars donc avec deux voitures et trois compagnons. François Willemin tout d'abord, qui m'a secondé avec détermination et talent pour l'architecture du projet, et qui apportera son expertise technique: état des routes, évaluation des difficultés particulières pour certains passages, longueur des étapes, points de ravitaillement en carburant, horaires prévus et surtout anticipation de tous les problèmes mécaniques qui pourraient subvenir pour dresser ensuite la liste des pièces de rechange à emporter. Pascal ensuite, médecin urgentiste, dont le rôle sera de vérifier les ressources locales en cas de problèmes de santé: postes de secours, possibilités d'évacuation d'urgence, capacité d'accueil des différents hôpitaux, et naturellement liste des médicaments à prévoir au départ. Gérard enfin, rencontré par hasard, et qui me séduit avec un projet de survol de la route en ULM biplace. J'imagine rapidement les avantages de la reconnaissance aérienne et je vois déjà défiler le film propre à décider les plus indécis. Sans plus d'hésitation, j'accroche une remorque à ma voiture pour tracter tout son matériel! Pour ma part, mon rôle sera, pour chaque étape, de valider le choix de l'hôtel, de choisir jusqu'au menu du soir et surtout de vérifier l'essentiel du programme, son contenu touristique et culturel, avec les visites indispensables, les arrêts dans les paysages les plus remarquables, sans oublier la préparation de quelques petites surprises pour mes futurs clients. Je ne raconterai pas dans le détail ces 70 jours de reconnaissance. Cela sera mon jardin secret, un temps de liberté totale, de découvertes, de rencontres inoubliables. Tout en me saoulant de ce grand appel d'air, je goûte d'avance le plaisir que je partagerais plus tard avec mes clients. Malheureusement, l'équipée sauvage devra
s'interrompre à la frontière chinoise dont le franchissement,
théoriquement possible, reste périlleux pour cause d'épidémie
de SRAS, qui sévissait alors. Autre désappointement, mes rêves de reconnaissance
aérienne vont vite battre de l'aile. C'est que l'ULM est un
engin capricieux, qui réclame une absence quasi totale de vent
pour voler en toute sécurité et un terrain presque ras
pour décoller. C'est apparemment la catastrophe, mais ma bonne étoile
veille toujours. Après avoir allégé au maximum
le véhicule, nous reprenons la route dans l'espoir un peu fou
de rallier Oulan Bator, à 2000 kilomètres de là.
Miracle, après avoir roulé au ralenti sur une quinzaine
de kilomètres, nous tombons par hasard sur le chantier de la
route du millénium, appelée à relier l'Europe à la
Chine en quelques 5 ou 6 jours de route... j'en parlerais pus loin. De retour en France, tous les renseignements glanés
en route sont analysés, on fignole les derniers détails,
on modifie quelques étapes, puis on fait digérer tout ça
par le logiciel Vasco Navigator. Il est temps maintenant de passer à la phase ultime, l'heure est venue de lancer les invitations au banquet. L'objectif est de réunir 12 équipages
pour boucler le budget. Des articles paraissent dans quelques journaux,
dont le Figaro, quelques encarts publicitaires sont passés dans
la presse spécialisée, on tient un stand au salon du
4x4 de Chamonix... Il faut sans doute que ce type de raid fasse encore ses preuves, rassure les propriétaires de 4x4 rutilants et prisonniers des villes... Je n'ai pas de meilleure preuve à apporter que de me lancer sur la route, même si le budget n'est pas bouclé. Bordeaux, le 14 mai 2004, les 12 voitures du raid,
escortées de l'énorme camion Tatra, quittent lentement
la Place du Stadium sous un soleil plein de promesse.
Le premier jour de voyage, Bordeaux -Bruxelles, ne
réserve aucune surprise sinon une première frayeur car
après quelques dizaines de kilomètres, une épaisse
fumée blanche s'échappe du moteur: bouchon de carter
envolé! Après une réparation de fortune avec un
morceau de bois, tout rentrera dans l'ordre après une petite
halte dans un garage Toyota de Blois. Malgré une petite halte à paris,
pour les dernières embrassades, nous arrivons à temps à Bruxelles
pour visiter la ville et fêter dignement à l'hôtel
l'évènement. Dans la journée, curieusement, les
participants se sont constitués en caravane, comme pour mieux
se connaître, comme intimidés par ce grand départ.
J'espère au fond de moi qu'ils vont rapidement prendre un peu
d'indépendance. Samedi 15 Mai Dès 9 h., comme prévu dans le road book, toutes les voitures sont prêtes, moteurs ronflants, pour la seconde étape. Après le long trajet d'hier, ce second jour sera également la seconde étape en kilométrage du raid. Nous savons que l'aventure nous attend à l'Est, toujours plus à l'Est, et nous avons décidé de ne pas trop musarder au départ. En pourcentage, cela peut se traduire par 12% du trajet couvert en 5% du temps du raid... cela donne le moral ! Si le trajet, sur les autoroutes européennes,
ne pose aucun problème malgré quelques bouchons, la découverte
est quand-même au rendez-vous à l'arrivée à Berlin. Après un repas typiquement allemand, les participants se voient remettre un premier cadeau, mon livre "Le mur avait deux faces", souvenir d'une autre aventure. Dimanche 16 Mai La journée, prévue avec un kilométrage
relativement limité, va permettre une navigation vagabonde.
Le plan du road book est une chose, mais chacun est libre du rythme
de son parcours à condition d'arriver à l'heure prévue
au bord de la mer Baltique. Lundi 17 Mai Une mini-étape, pour prévenir toute fatigue au début du trajet, pour rappeler aussi à tous que notre propos n'est pas d'avaler des kilomètres mais surtout de découvrir et d'échanger. Départ donc toujours à 9h.,pour garder
les bonnes habitudes, mais en car, pour une visite de la ville de Gdansk.
Après le soleil qui nous a accompagné depuis Bordeaux,
une petite pluie fine s'est mise à tomber, comme pour se mettre à l'unisson
de souvenirs pénibles: le rappel du premier obus tombé sur
la ville en 1939, le premier obus de la seconde guerre mondiale....Souvenir
aussi des chantiers navals crasseux d'où est partie la révolte
de Solidarnosc, les prémices de la chute du mur, quelques années
plus tard. Je ne suis prévenu du vol que vers 17.30h. ,à mon arrivée à Augustow. Immédiatement, je demande au Tatra, qui ferme la marche, de faire demi-tour pour aller récupérer nos amis. En les attendant, je me lance dans une série d'appels pour tenter de remplacer les passeports et les visas. Les autorités consulaires contactées réagissent avec rapidité et, en soirée, j'ai la certitude que dès le lendemain, copies des passeports et visas seront envoyés par fax. Pour les bagages, la solidarité des amis du raid va jouer à plein pour remplacer rapidement argent, vêtements et tout le nécessaire pour permettre un départ, dès le lendemain, la mésaventure presque oubliée. Hélas, vers 22h., le Tatra arrive à l'hôtel d'Augustow sans les malheureuses victimes. Certainement choqués par l'aventure, ces derniers ont décidé de rester sur place et de revenir en France par leurs propres moyens. Je ne peux accepter cette décision Si je commence à perdre
mes clients si près de départ, combien atteindront Shanghai
? Mardi 18 mai L'étape relativement courte prévoit
6 heures de conduite. Pour ma part j'effectuerais prés du double
de kilomètres, et près de 15h. au volant. Puis nous reprenons la route rapidement pour rejoindre
le reste du groupe à Riga. Arrivé à minuit à l'hôtel de Riga, je n'aurais guère pu profiter du programme culturel de découverte de la Lettonie et de Riga, mais le reste de des participants auront pris tout leur temps pour découvrir les forêts et les lacs de Lettonie ainsi que les ressources architecturales de la ville. Mercredi 19 mai Le grand jour de la rentrée en Russie, je sais que le passage de la frontière va être délicat pour l'ensemble du convoi. En attendant, dernier petit problème pour les victimes du vol de voiture en Pologne. A court d'argent pour régler le vol Riga -St Petersbourg, ils doivent se rabattre sur un trajet en car, 18h., et pour comble de malheur, j'apprendrais plus tard qu'ils devront payer une seconde fois leurs visas d'entrée en Russie... Le passage de la frontière- sortie d'Estonie
puis entrée en Russie- est en effet délicat, presque
surréaliste. Coté russe, le grand spectacle commence. Tout avait été bien planifié avant le départ et un comité d'accueil, à bord d'une voiture officielle coiffée d'un gyrophare nous attend avec toutes les autorisations nécessaires pour faciliter la vie... Nos voitures roulent en convoi jusqu'aux portes de la ville. Là, nous observons un temps d'arrêt, on allume les warnings et précédé de la voiture officielle toutes sirènes hurlantes, le convoi fait une entrée remarquée dans la capitale des tzars. Les rues ont été dégagées, les feux fixés au vert, et à chaque carrefour un policier à fourragère verte salue militairement... un entrée royale alors que le soleil couchant baigne d'une douceur infinie les couleurs de la ville. Arrivé à l'hôtel, le Nevski palace Hôtel, l'ensemble des participants ne peut retenir des applaudissements enthousiastes. Jeudi 20 mai - Première journée de repos complet, pour casser le rythme, pour ne pas oublier surtout que notre programme est avant tout culturel. Chacun est libre de son emploi du temps mais nos amis russes nous ont prévu un programme de visite des merveilles artistiques de la ville dont Bernard Decré tiendra une relation précise dans son journal de bord dont nous n'avons ici que retenu les illustrations. Seul point noir, une pluie continue et l'air est un peu frisquet... nous avons atteint le point le plus au Nord de notre périple. L'atmosphère se réchauffera lors du grand dîner de gala à l'hôtel. Vendredi 21 mai Une route large, de qualité moyenne... quelques embouteillages à la sortie de St-pétersbourg puis un trafic trés fluide, du moins jusqu'à l'approche de Moscou où un hôtel au nom trés poétique, l'Aérostar, a été réservé en périphérie. la visite de la ville est prévue pour le lendemain, en bus. Samedi 22 mai Seconde journée de repos total après la longue étape de la veille. Tout comme à St Pétersbourg, le programme de la journée est naturellement libre mais un programme de visites est prévu. Promenés en bus, nous profitons du tour complet des richesses de la ville, Place rouge, tombeau de Lénine, Kremlin, Musée des armures... se reporter à votre guide favori, ou au journal de Bernard Decré, pour connaître le détail. Nouveau dîner de gala dans un restaurant traditionnel : multiples entrées russes, cochon de lait, esturgeon, gâteaux moelleux... avec pour fond sonore,naturellement, les violons tsiganes. Dimanche 23 mai La route est large, le plus souvent trois voies, mais parfois quatre, cinq, jusqu'à huit, même si les lignes de démarcation au sol sont souvent absentes ou purement décoratives. Cette route deviendra bientôt la route du millenium, qui devrait relier l'Europe à la Chine en cinq jours de voiture... dès que les multiples ornières seront comblés et dès que les trop nombreux contrôles de police auront disparu.. Premier signe de ce futur projet: des pompes à essence flambantes neuves tous les cent kilomètres pour anticiper le futur trafic escompté. Le trajet, relativement court, nous permet dans l'après midi une visite de la ville en bus. Capitale industrielle de la Russie, l'ex-Gorki, à cheval sur la Volga, réserve de belles surprises architecturales, la forteresse du XVIième qui domine le fleuve, les églises de la Nativité, de l'Assomption, sans oublier un superbe musée de peinture contemporaine. Lundi 24 mai Une étape de transition comme on dit pour le
Tour de France, une étape relativement courte sur une route
relativement bonne si on sait éviter quelques nids de poule.
Etape ponctuée par un mémorable déjeuner de brochettes
sur le bord du chemin. Mardi 25 mai Une route un peu défoncée par le dégel
mais un paysage superbe où se mélangent tous les tons
du vert sous un ciel d'orage. Mercredi 26 mai jeudi 27 Mai Le faible kilométrage prévu permet,
le matin, une visite complète de la ville. Nous devrons seulement
faire l'impasse sur la visite du musée du samovar, dont nos
guides ont malheureusement perdu l'adresse! vendredi 28 mai Que la Sibérie est vaste! Terre noire à l'infini
sous un ciel bas. La route rectiligne longe la voie du Transsibérien
dont nous avons la chance de voir et de filmer un convoi au cours d'un
de nos arrêts. Samedi 29 Mai Dernière étape sibérienne. La
route longe la frontière du Kazakhstan, mais le paysage ne varie
pas.On a un peu l'impression de voir défiler le même film
depuis trois jours : des champs et des champs à l'infini, le
grenier à blé de l'Europe! Dimanche 30 mai Toujours une route trés carrossable, peu fréquentée,
et un paysage qui change enfin. On quitte la morne plaine pour s'engager
dans les montagnes de l'Altaï. Si le temps n'est pas estival, l'accueil, lui, est trés chaleureux. C'est bientôt la fin de notre périple à travers la Russie. Les amis russes qui nous ont accompagné et guidé pendant cette traversée voient arriver le terme de la mission et, tout à la fois tristes de nous quitter et heureux que tout se soit bien passé, vont un peu se laisser aller et les adieux se feront à la russe, avec force danse et vodka... Lundi 31 mai Détente le matin. Les plus courageux vont s'offrir
une balade à pied en forêt, jusqu'à une magnifique
chute d'eau et la découverte d'un arbre shamanique. Nous avons en effet décidé, avec Bernard
Decré, ambassadeur itinérant du YCF pour la circonstance,
que ce camp marquerait dorénavant le point le plus continental
du globe, le point le plus éloigné de toute mer, la côte
la plus proche se trouvant à 4500km. La plus étonnée de cette surprenante révélation fut certainement la patronne du camp qui, en commerçante bien avisée, flaira rapidement toute la notoriété qu'elle pourrait tirer dans l'avenir de cette promotion. A onze heures précises, en présence du Premier ministre de la République de l'Altaï, devant les caméras de télévision, le mat était donc planté et le drapeau déployé dans une ambiance hésitant entre le recueillement et la franche rigolade. Départ ensuite vers River Camp, notre dernière étape russe, à quelques longueurs de la frontière mongole. Mystérieusement, l'emplacement retenu pour monter notre village de tente avait était déplacé d'une centaine de kilomètres plus à l'Est par nos guides, ce qui ne mit pas vraiment de bonne humeur certains équipages fatigués, d'autant que les nuages bas n'invitaient pas vraiment au sourire. Comble de malheur, le caviar du soir était vraiment gelé, même arrosé de vodka... Mardi 1er juin Il nous reste quelques 200 km a effectuer avant la
frontière mongole. Pour rentrer en Mongolie, il faut déjà sortir
de Russie, et ce n'est pas si évident! Une douanière à l'air revêche
examine mon passeport, puis me contemple longuement, revient à la
photo du passeport, puis à mon visage avec un air perplexe.
Je comprends enfin son embarras : je me suis laissé pousser
la barbe et je ne ressemble plus trait pour trait à la photo! Enfin la Mongolie! Enfin presque, car les deux pays
sont séparés d'un no man's land d'une trentaine de kilomètres
par une route, ou plutôt une piste trés défoncée,
aucun des deux pays ne s'arrogeant le droit, ou le devoir, de l'entretenir. Une barrière cadenassée, un petit bâtiment désert dont les portes sont largement ouvertes, l'endroit n'est guère accueillant, d'autant plus qu'un brusque orage de grêle s'abat sur nous. Heureusement, Byamba, notre guide mongol, est fidèle
au rendez-vous et nous attend comme prévu de l'autre coté de
la barrière. Les embrassades de retrouvailles terminées,
il faut maintenant passer au cérémonial de la douane. Byamba m'emmène tout d'abord vers la petite
maison du douanier dont le premier geste est de mettre de l'eau à chauffer
pour préparer le thé au beurre rance. Enfin, quelques tasses de thé plus loin, quelques gâteaux trés secs avalés avec difficulté, l'homme se lève lentement, enfile sa vareuse de douanier et nous invite à le suivre au poste de douane, un petit bâtiment en bois d'un seul niveau, avec une porte sans serrure, des murs qui n'ont pas vu de peintres depuis des années, des sacs plastiques en guise de carreaux... Là, nous remplissons avec plus ou moins de
sérieux quelques formulaires en russe et en anglais qui finiront
oubliés au fond d'un tiroir car nos identités ont été relevées
depuis longtemps. Enfin, le cérémonial prend fin, je
fête ça avec une tournée générale
et nous reprenons la route vers l'est. Mercredi 2 juin Une journée de repos complète pour nous
acclimater à la Mongolie, donner enfin du temps au temps et
faire connaissance de la nouvelle équipe qui va nous accompagner
pour quelques jours. La route traverse toujours les montagnes de l'Altaï,
la vitesse ne peut pas dépasser les 40 km/h. Nous passerons,
après un déjeuner dans un col à 2500 m; à la
vallée des Grands lacs, 1300 m. plus bas. Départ dès 7h. après avoir contemplé un
magnifique lever de soleil Samedi 5 juin Une route entre steppe et petites montagnes. Après
le déjeuner sur les bords du fleuve Zavkhan, la route commence à grimper
dans les montagnes vers le parc naturel du mont Otgon tenger, un parc
de 95510 km2 dont la faune sauvage, composée entre autres de
loups, argalis ou ibex est strictement protégée. Toutes
les difficultés de la piste en montagne sont réunies:
passages étroits en surplomb, gués, et, pour ajouter
un peu de piment, quelques voitures se perdent un peu en route. La route longe la chaîne de montagnes du Khangai,
elle réclame une attention de tous les instants. Journée de repos complète, sous une
chaleur torride, pour se remettre des émotions de la veille mardi 8 juin La route suit les montagnes et les vallées du Khangai du sud. Certaines sections ont été nouvellement pavées, annonçant ce qui sera certainement une petite révolution pour le pays, sa traversée par la fameuse future route du millénium, dont nous avons déjà croisé certaines sections en Russie, qui permettra de relier sans difficulté par la route la Chine à l'Europe. Arrivée en fin d'après midi au camp de la rivière Orkhon, près de Harhorin, l'ancienne capitale de la Mongolie. Un spectacle fabuleux nous attend: une course de chevaux
sur 12 km, une mini-Nadaam, les courses traditionnelles du Nadaam se
courant généralement sur une distance plus longue. Mercredi 9 juin Après la visite de Harhorin, l'ancienne capitale
de l'Empire mongol, nous prenons la route de l'actuelle capitale, Oulan
bator. C'est la route la plus fréquentée du pays, mais
certainement pas la plus carrossable. Il faut être trés
prudent et ne pas hésiter parfois à quitter la route
pour rouler sur la steppe, au sol plus régulier. Arrivée le soir à Oulan Bator et accueil dans un hôtel, l'hôtel Gengis Khan naturellement, où la plupart des voyageurs ne sont pas mécontents de retrouver une douche après ces quelques jours sous la tente. Jeudi 10 juin Journée de repos et de détente en ville.
Certains équipiers nous rejoignent, d'autres nous quittent pour
retourner en France. Vendredi 11 juin Départ un peu solennel en face du parlement,
voitures alignées comme à la parade en présence
de l'ambassadeur de France et de la presse locale... malheureusement
un faux départ pour moi car mes freins vont lâcher peu
de temps après et je devrais faire demi-tour pour une réparation
en catastrophe. Samedi 12 juin Les dieux du 4 x 4 ne sont décidément
pas avec moi. Après les freins, c'est la boîte d'embrayage
qui lâche. Je ne peux pas ralentir le raid dans l'attente des
secours et je décide d'abandonner mon véhicule auprès
de la maison d'un éleveur du coin... elle nous rejoindra à Shanghai
après réparation. Dimanche 13 juin Le vent s'est levé cette nuit, le ciel est
voilé, le désert de Gobi a décidé de nous
donner un aperçu des redoutables tempêtes de vent qui
ont modulé son relief, juste un petit aperçu heureusement. Lundi 14 juin Sortir de Mongolie pour pénétrer en
Chine réserve un choc culturel. Après les formalités
bon enfant du coté mongol, qui se règlent assez rapidement
avec quelques sourires, un peu de culot et une distribution de paquets
de cigarettes, on entre dans la cour des grands : un poste frontière
tout neuf, d'une propreté remarquable, des douaniers, hommes
ou femmes qui donnent des consignes précises tout en gardant
une courtoisie parfaite... Tout ça est parfait, bien huilé,
mais donne un peu froid dans le dos. En contemplant leurs uniformes
impeccables, leurs gestes précis, me vient curieusement en tête
des images de l'occupation allemande en France face à la débandade
de l'armée française... Ce poste frontière, avec
plus de cent douaniers parait démesuré pour notre petite
caravane ou pour les rares camions mongols que nous voyons passer.
Les Chinois anticipent déjà le futur trafic que génèrera
cette future route du millénium... les producteurs européens
ont peut-être du souci à se faire! Mardi 15 juin Datong, une ville moyenne pour la Chine: 2,5 millions
d'habitants, au centre d'une région minière. Les mines
sont partout, souterraines, à ciel ouvert... La terre disparaît
sous une boue noirâtre, les bords de route sont encombrés
de centaines de personnes trimballant des sacs de charbon sur des ânes
ou des tricycles Mercredi 16 juin Notre route doit croiser la Grande Muraille, mais
le guide ne sait plus vraiment quelle sortie prendre sur l'autoroute. Jeudi 17 juin Lever à 6.30h., c'est l'heure de la gymnastique
matinale sur la place devant l'hôtel. vendredi 18 juin Petite et bonne surprise le matin : nos voitures ont été lavées
pendant la nuit, un petit détail qui fait vraiment plaisir... samedi 19 juin Dernière étape! Dimanche 20 juin A 8.20h., chacun regagne son véhicule pour
la dernière fois : Il faut les conduire chez le transitaire
pour le retour en France. Deux heures de route pour cette ultime étape
un peu triste. La grande aventure est terminée, un petit car
nous reconduit à l'hôtel en fin de matinée. Lundi 21 juin. |
| D@niel BOULOGNE.(c) |
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